Coucou à toutes et tous.
Comme certaines d’entre vous le savent déjà, je suis formulatrice cosmétique en devenir, passionnée de chimie et de plantes, très portée sur l’écologie ...
et un peu éco-anxieuse aussi 😅.
Je suis notamment formée aux BPF, au diagnostic de peau et à la nutrition, entre autres… Je suis un peu Madame Formation, c’est mon côté geek.
Et comme on est de plus en plus inondés, sur les réseaux (merci les unfluenceurs-euses) dans nos mails et en magasin, de plublicité de cosmétiques "révolutionnaires , naturels , brevetés , ou dermocosmétiques de pointe" , j’avais envie de faire un petit point avec vous pour démêler un peu la science du marketing.
Avant les actifs stars, je regarde déjà comment la formule est construite. Une crème a besoin d’émulsifiants, conservateurs, stabilisants, etc., mais certains choix sont plus intéressants que d’autres : sodium phytate plutôt qu’EDTA, émulsifiants issus de matières renouvelables, hydrolat ou aloe vera à la place d’une partie de l’eau, huiles végétales pour leurs acides gras et leurs insaponifiables plutôt qu’une phase grasse essentiellement pétrochimique et inerte.
Les grands groupes ont de fortes contraintes de production, transport, stabilité, texture et coût, ce qui explique l’utilisation importante de silicones, polymères et autres adjuvants. Le problème devient environnemental lorsque ces matières sont persistantes ou peu biodégradables : ce qu’on rince rejoint les eaux usées puis les milieux naturels, et certains contaminants circulent ensuite dans l’eau, les sols et la chaîne alimentaire.
Mais naturel ne veut pas dire meilleur ou plus sûr. NUXE, par exemple, peut afficher 95 ou 98 % d’ingrédients d’origine naturelle tout en utilisant parfum, huiles essentielles et molécules aromatiques. Ce chiffre parle donc d’origine, pas d’efficacité, de tolérance ou d’impact environnemental.
Même prudence avec les huiles essentielles et les extraits végétaux. Certaines propriétés sont bien documentées, d’autres reposent surtout sur des études in vitro ou des usages traditionnels. Les huiles essentielles peuvent aussi être irritantes, allergisantes ou phototoxiques. Et pour les extraits, le dosage compte énormément : un actif étudié à 2 % n’a pas forcément le même intérêt s’il est présent en quantité infime, voir inquantifiable dans le produit fini.
Même chose avec les brevet qui en fait protège une invention, un procédé ou une association d’ingrédients, il ne prouve pas l’efficacité.
Garancia possède certains brevets (2 dxactement et qui ne concernent pas leurs produits actuels) mais utilise aussi des actifs brevetés par leurs fabricants.
Bioderma/NAOS développe davantage de technologies en interne et publie plus autour de certaines d’entre elles.
Dans les deux cas, brevet ne veut pas dire preuve clinique.
Les études aussi doivent être regardées avec recul. « 95 % des personnes trouvent leur peau plus lisse » est généralement un ressenti, pas une diminution de 95 % des rides. Une vraie étude doit mesurer ce qu’elle prétend améliorer : rides, pigmentation, élasticité, hydratation… et il faut aussi regarder qui la finance. Les grands groupes financent souvent leurs propres recherches ; ce n’est pas forcément mauvais, mais le conflit d’intérêts existe. À l’inverse, une petite marque peut avoir une excellente formule sans avoir le budget nécessaire pour financer ce type d’étude.
Ce qui compte vraiment, c’est donc le choix des actifs, leur dosage, leur niveau de preuve, leur stabilité et la cohérence de la formule.
Pour le photovieillissement, les rétinoïdes restent parmi les actifs les mieux documentés, avec vitamine C, niacinamide et certains peptides en complément.
Pour les taches : rétinoïdes, niacinamide, acide azélaïque, acide tranexamique, vitamine C ou acide kojique.
Pour l’action antioxydante : vitamines C et E et certains actifs riches en polyphénols.
Pour les pores, boutons et irrégularités : acide salicylique, rétinoïdes, acide azélaïque, niacinamide ou AHA.
Pour l’hydratation, l’apaisement et la barrière cutanée, on retrouve plutôt les acides hyaluroniques de différents poids, l’ectoïne, le panthénol, l’allantoïne, les céramides, les lipides physiologiques, l’avoine colloïdale ou certains prébiotiques comme Prebiulin. Ils sont particulièrement intéressants pour les peaux sensibles, fragilisées ou atopiques.
Pour les peaux très réactives ou allergiques, mieux vaut limiter ce qui n’est pas indispensable : parfum, huiles essentielles, extraits aromatiques et parfois certains hydrolats très parfumés. Opposer parfum naturel et synthétique n’a d’ailleurs pas beaucoup de sens puisqu’un parfum peut contenir les deux. Et comme l’INCI indique généralement simplement PARFUM, sans préciser toute sa composition ni son dosage total, une formule sans parfum ajouté reste le choix le plus simple lorsqu’on cherche la tolérance maximale.
Il faut aussi regarder la routine complète. Un produit très bien formulé peut devenir une mauvaise idée si on le cumule avec cinq autres : nettoyant exfoliant, lotion glycolique, salicylique, niacinamide puis rétinoïde… pris séparément, tout peut avoir une logique ; ensemble, on peut finir par fragiliser la barrière et croire ensuite qu’un produit est indispensable alors que toute la routine entretient le problème.
C’est aussi pour ça que certains protocoles proposés par les marques peuvent être intéressants : pas par confiance aveugle, mais parce que le cumul des produits a parfois été pensé ensemble.
Et contrairement à ce qu’on imagine, le personnel de vente, les conseillers de marque, les pharmaciens ou même les dermatologues ne sont pas forcément formés à analyser toute la chimie d’une routine. Le dermatologue reste évidemment indispensable pour diagnostiquer et traiter une pathologie, mais ce n’est pas forcément son rôle de décortiquer quinze INCI.
Une IA peut aider à faire ce tri si on lui donne les compositions complètes, qu’on décrit précisément sa peau et qu’on demande une analyse scientifique avec sources.
Ça ne remplace pas un professionnel et ça peut se tromper, mais ça permet de repérer plus facilement les doublons, les irritants ou les associations incohérentes.
Enfin, el famoso "DERMOCOSMETIQUE" ne veut pas dire dermatologique.
Bioderma, Avène, La Roche-Posay, SVR et cie restent juridiquement des cosmétiques. Le terme est zvznt tout diffetenciateur MATKETING et désigne surtout des produits pensés pour un type de peau ou une problématique précise.
Mais ça ne veut pas dire qu’une gamme entière sera adaptée à votre peau.
Dans une même gamme, un nettoyant peut être parfait pour vous alors que la crème ou le sérum ne le sera pas du tout. Et vos besoins peuvent aussi changer selon l’âge, la saison, l’état de la barrière cutanée ou les traitements utilisés.
Il faut donc regarder chaque produit séparément, puis vérifier si l’ensemble reste cohérent dans votre routine.
Au final, je regarde surtout ce qu’il y a réellement dans le flacon, à quel dosage, pourquoi c’est là, si les actifs sont documentés, si la formule correspond à la peau et si toute la routine reste cohérente.
C’est moins vendeur qu’un "complexe révolutionnaire breveté ", mais beaucoup plus utile ;)